On raconte..... Ahmed Ouhazi à Alger
22/02/2009 20:41 par aitali-ouharzoune-retour-aux-sources
Bab Azoun ,1830 (Photo algérie.info, 2007)
« Voici une des extraordinaires histoires vécues par notre fameux Ahmed Ouhazi (un de nos aïeux) à l’époque de l’occupation Turque : se trouvant un jour à Alger pour affaires et probablement fatigué par le voyage, il s’assoupit un moment sur un banc public… Imaginez sa colère, quand à son réveil, il se rendit compte que durant son sommeil, un plaisantin, sans doute d’un coup de ciseaux, lui coupa un côté de sa superbe moustache dont il n’était pas peu fier. Quelle catastrophe !
De retour au village, il décréta un blocus de l’huile d’olive à l’encontre des Turcs et pendant deux années il empêcha, par divers moyens, tout commerce avec Alger. On raconte que de multiples démarches et négociations furent nécessaires pour régler cette fâcheuse affaire et on dit aussi que, faisant amende honorable, les Turcs procédèrent à l’inscription sur la porte Bab Azoun de la citation suivante : ‘’Ahmed Ouhazi, membre bienfaiteur de la ville d’Alger’’ »
-Hazi Ahmed-
Vue du village (photo Amrane-2008)
« Durant les années 1890 une épidémie de variole s’était abattue sur toute la région emportant la grande majorité des enfants … Un certain bonhomme de notre village (de la famille Ath Ibrahim), ayant sans doute entendu parler de vaccination, se mit à prélever du pus sur les malades pour en infecter des bien portants. Le résultat ne se fit pas attendre : ceux qui en réchappèrent, comme mon père Rabah, alors âgé de 3ans, avaient le visage criblé de stigmates … »
-Hazi Ahmed-
Rue Victor Hugo – Souk-Ahras (photo Larbi Z., 2009)
« Je grandis à Souk-Ahras dans un environnement austère … Au magasin (sur la photo au niveau de la voiture) de mon oncle Mohamed, je prêtais l’oreille à toutes les discussions politiques … : c’était l’époque des élus musulmans (indigènes), dans le constantinois avec les Bendjelloul, Ferhat Abbas…, les Oulémas avec les cheikhs Benbadis, Larbi Tebessi… . Tout ce qu’il y avait de têtes politiques Algériennes débarquait, un jour ou l’autre, chez mon oncle, rue Victor Hugo… . Les journaux tolérés étaient lus et commentés : « la voix indigène » de Zenati, grand ami de mon oncle, « la voix des humbles » des instituteurs indigènes… . Membre de la ligue des droits de l’homme, mon oncle écrivait dans cette presse, présidait des meetings, des réunions… »
-Hazi Ahmed-
Observation : dès les premières annèes de l’indèpendance de notre pays, Djamel Hazi a transfèré ses activités commerciales à Alger, rue Didouche Mourad où un nouveau « cercle » des Souk-Ahrassiens a vu le jour…
Avant de quitter la région un grand bonjour à tous mes amis Souk-Ahrassiens : Larbi Zemmour, L'hadi Rais, Larbi Cadi, Merouane Nedjar, ……
-Hamid-
Groupe scolaire de Souk-Ahras (photo Larbi Z, 2009)
« En 1927, je débarque à Souk-Ahras. j’avais à peine 7ans et à l’école, après une période d’adaptation, je fis figure de phénomène, sautant une classe, passant brillamment les examens, le C.E.P. en 1932, l’examen des bourses, l’entrée au cours complémentaire, le brevet et le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs d’Alger. En 1939, je suis affecté d’abord à l’école d’Ath Hichem, puis après un rapide passage à Ighil Bouamas, je suis nommé à Maatkas.
Quant à mon frère Kaci, entré au lycée d’Aumale de Constantine (après Souk-Ahras) en 1927, il obtint son BAC et une bourse pour le grand lycée d’Alger (lycée Bugeaud, maintenant Emir Abdelkader) où il suit pendant 2 ans les classes de mathématiques (supérieures et spéciales). En 1936, il s’en va à Paris, essayant de poursuivre des études tout en travaillant … . Il finira plus tard, après la guerre 1939 / 45 et dès le début des années 1950, Directeur au laboratoire pharmaceutique Roger Belon. »
-Hazi Ahmed-
Hazi Kaci au pressoir n'Ath Kaci (fin des années 1930)
« …il y a bien longtemps, chacun faisait son huile en écrasant ses olives dans des auges de pierre, quelquefois sur les lieux de la récolte. Nos parents ont retrouvé dans notre jardin de ‘Tizqaqines n’Ath Ouhazi’ de grandes meules, Ighouraf. »
D’après Da Mamou Oucherif qui a confirmé et complété ces informations : … « autrefois les villageois creusaient dans la pierre des bassins pour y écraser, avec leurs pieds, les olives…, plus tard, de véritables « pressoirs » ont vu le jour. Les plus connus étant :
- El Manesra (le pressoir) N’Ath Kaci, actionné par un mulet et implanté à Taleghlought.
- El Manesra N’Ath Oucherif (Aomar et son frère, qu’ils reposent en paix), pressoir implanté à Tamazirt N’Ath Amrouche. Relativement récent, en fonction jusqu’à la fin des années 1950, ce pressoir était équipé d’un moteur… ».
Tamazirt …, Taferant, Tissegouine, Tandjil, Assemeur, Ighil…, Inesmane, … (et la liste est longue qu’il faudra un jour compléter), chaque lopin de terre avait son nom propre, comme s’il s’agissait d’un membre de la famille …, et je peux vous assurer, qu’à l’époque, ils étaient bien travaillés, ces quelques arpents ! On y cultivait quelques légumes, parfois des céréales mais l’arboriculture et « l’élevage » (une vache et quelques brebis) étaient les activités agricoles les plus rentables. On y reviendra.
La paire de bœufs, achetée au souk l’Djemaa, sera revendue, généralement, après les labours et quelques « interventions » dans les champs des voisins moyennant une contrepartie financière… .
-Hamid-
Arrivant de Sédrata, encore convalescent (paludisme), en décembre 1950, on me fit une place au cours élémentaire deuxième année dans la classe des « grands » (C E 2 – C M 1 – C M 2 / F E) chez Da Ahmed Hazi, mon oncle.
La classe des « petits » (cours d’initiation et C E 1) était à l’époque tenue par Da Hamouda (Monsieur Ould Hamouda Ouali de Tassaft Ouguemoune), un homme toujours souriant et d’une gentillesse extraordinaire … Da Ahmed et lui formaient une équipe exceptionnelle et les échecs scolaires devenaient de plus en plus rares … .
Durant l’année scolaire qui débutait généralement le premier octobre, on allait à l’école tous les jours de la semaine sauf le vendredi (jour de marché) et le dimanche, de 8h à 11h et de 13h à 16h. On n’avait ni cartable ni sac … l’école mettait gratuitement à notre disposition toutes les fournitures scolaires dont on avait besoin (cahiers, ardoise, porte-plume, crayon d’ardoise … .) Les livres (les Dumas et le Bernard et Vélaire…) propriétés de l’école, les mêmes depuis longtemps, étaient rangés, après leur utilisation, dans l’unique armoire de la classe.
Les différents services étaient assurés par les élèves eux-mêmes et à tour de rôle : préparer la bouteille d’encre …, allumer le poêle en hiver, nettoyer la classe, distribuer et ramasser les cahiers et les livres…, tout cela se faisait dans une ambiance bon enfant …
Une ou deux fois par an, on avait droit à une classe promenade (avec nos petits casse-croutes) pour étudier sur le terrain la nature : arbres, insectes, pierres, ruisseaux et rivières, oiseaux, les plantes, les fleurs …
On partait le matin, en rangs, et en respectant les consignes de sécurité et évidemment en chantant (tout le répertoire y passait). Très tôt on nous a appris à écouter et à observer…
-Hamid-
Ancienne école du village
« 1891- Après des débuts plutôt laborieux dùs surtout à des préjugés défavorables et aux réticences de certains parents, l’école ouvrit ses portes, d’abord avec des moniteurs, kabyles, puis avec le temps, des instituteurs chevronnés furent nommés … qui, par une action lente, soutenue, des années et des années durant, eurent une influence profonde sur les générations du début du 20éme siècle. »
Remarque : les filles attendront longtemps, très longtemps avant d’avoir droit à l’instruction à cause justement de ces préjugés, si tenaces que certaines familles pourtant installées dans des villes ou villages de l’Est ou de l’Ouest du pays ont continué à priver d’école, leurs filles.
Liste, non exhaustive, et sans ordre chronologique, des illustres enseignants qui ont exercé à l’école d’Ath Ali :
Messieurs : Bouderies , Si Idir, Si Menad, Jacob, Veriou, Chafai, Benamara, Belouar, Amrane, Sellal, Feraoun (le frère de Mouloud ?) , Benoufella , Toubal, Si Ameur , Hazi, Ould Hamouda, Jobert, Montdubourg, Guenon.
L’école disposait d’un terrain relativement important partagé en trois lots :
1- Un jardin potager sur trois banquettes (coté droit de la photo) avec un magnifique noyer, des poiriers et des acacias (dont les fleurs étaient appréciées pour leur odeur et leur saveur). En contre bas de la route il y avait un bassin et un robinet pour l'arrosage...
2- Le deuxième terrain, en bordure de Tizi Boughoud avec son frêne sèculaire était, lui, le « domaine » des élèves qui y disposaient individuellement ou par groupes de petits « carrés » (tracés au cordeau et avec des allées). Ces petits lots étaient bien travaillés et entretenus pour mettre en pratique les leçons d’agriculture dispensées par les instituteurs.
3- Devant et derrière les logements (coté gauche de la photo) il y avait un autre potager avec un noyer, des amandiers …et de très beaux rosiers.
-Hamid-