Idhebalène II
30/04/2009 18:44 par aitali-ouharzoune-retour-aux-sources
Sagesse et solidarité
Tajmait n’Ath Ali Ouharzoune
Jour ‘’J’’, moment que tout le monde appréhendait ….. , d’abord par les intéressés eux mêmes et leurs familles, puis par les personnes de bonne volonté…
Après une revue des ‘’effectifs’’ et les dernières consignes, les hommes n’Ath Khaled et ceux n’Ath Haroun se dirigèrent vers Assif El had, non sans avoir tiré au départ quelques coups de feu, comme pour avertir leurs adversaires …. qui ne tardèrent pas à riposter pour signifier que, eux aussi, étaient prêts ….
Au village même , Aomer Ath Kaci , (qu’il repose en paix) , avec ses jumelles, suivait dès le début le déroulement des opérations … et, lorsqu’il se rendit compte de la trop grande supériorité numérique des Ath Ighil Bouamas , il rassembla rapidement les hommes présents et, tous ensemble avec leurs fusils, ils dévalèrent les pentes abruptes de notre colline vers Assif El had …
Tous ces événements n’échappèrent pas , évidemment , à la vigilance des habitants des autres villages qui, eux aussi , suivaient de près l’évolution de la situation … et , quand il était devenu clair que des hommes allaient s’entretuer, ils n’hésitèrent pas , à se précipiter vers le champ de bataille pour s’interposer et puis pour régler à l’amiable le différent …
L’acte de solidarité et de fraternité du clan n’Ath Kaci, apprécié à sa juste valeur, permit une réconciliation immédiate entre tous les enfants n’Ath Ali… On raconte que tout ce beau monde , de retour au village , fut accueilli par les ‘’youyous’’ des femmes des deux ex-clans .
« Veillée d’armes » chez Ath Khaled
Photo d’une partie d’Assif El had
L’information sur l’incident survenu au souk et ses probables conséquences s’était répandue comme une traînée de poudre à travers tous les villages de la région…. .
Chez Ath Khaled et Ath Haroun, les hommes, une fois mis au courant de ce ‘’défi’’, improvisèrent, sur le champ, une réunion pour organiser au mieux ‘’leurs troupes’’ et pour établir un plan de bataille …… On se mit à parler de la‘’stratégie’’à adopter, compte tenu du déficit en hommes , …chacun y allait de son avis lorsqu’un homme demanda la parole et d’un ton ferme et résolu rassura ses pairs : « rassurez-vous, leur dit-il , demain comme prévu , vous descendrez tranquillement selon le plan établi , vers la rivière ….. , mais surtout ne cherchez pas à savoir où je serai embusqué …. , d’ailleurs je partirai avant l’aube pour éviter d’être repéré …. »
Cet homme n’était autre qu’Akli Ath Amrouche, un tireur d’élite connu et reconnu dans toute la région. On sortit alors les fusils et les ‘’sacs’’ de cartouches afin d’en vérifier l’état. A suivre
«Histoires » du village
Village d’Ighil Bouamas , vu d’Ath Ali
D’après mes recoupements, l’histoire que nous allons raconter aujourd’hui, a eu lieu durant les années 1930 (?). A cette époque le Caïd s’appelait Aomer Ath Kaci et le village, encore une fois, était divisé en deux clans, Ath Khaled et Ath Haroun d’un coté et le reste n’Ath Ali de l’autre. Evidemment les habitants des hameaux alentour et particulièrement (c’est important pour l’histoire) ceux d’Ighil Bouamas, étaient au courant de cette scission ….
Au souk l’Djemaa, un jeune homme n’Ath Khaled s’était sérieusement accroché avec quelqu’un d’Ighil Bouamas, pour une sombre histoire commerciale …. Après l’intervention de personnes présentes sur les lieux pour calmer les esprits , nos deux ‘’belligérants’’ encore fulminant de colère… , se promirent de se retrouver , chacun avec ses hommes , le lendemain après-midi au niveau de la rivière, Assif El had, située à mi-chemin , à peu prés , entre les deux villages .
S’il n’y avait pas scission chez nous personne n’aurait osé entrainer les siens dans une ‘’bataille’’ armée contre les habitants n’Ath Ali Ouharzoune. A suivre
Idhebalene III

Au village régnait un climat d’extrême tension …, les femmes, apeurées et angoissées, priaient Dieu et tous les saints de la région …. A partir de Gher Ihouna et derrière Idhebalen (la troupe traditionnelle), les hommes, armés de fusils, du clan n’Ath Kaci se dirigèrent résolument vers Tizi Boughoud…… et, arrivés au niveau de la bretelle vers Tamazirt n’Ath Messaoud Oumoussa….. (Grand suspense !) Alilouche, le chef de la troupe (avec peut être l’assentiment préalable des sages) déclama , à l’adresse des hommes armés n’Ath Khaled, ces vers, restés célèbres :
« Ath Khaled ez dhande dhe lesdhour,
Koul wa sou guenour is ,
Lemqahel dhe qfas sene sen,
Nouqni noussede ghour lafia ,
Nekh dhad tamazirt n’sen. »
« Coiffés de turbans, les hommes d’Ath Khaled sont placés en rangs, avec des fusils entre les mains….. Nous (Idhebalen), venus pour la paix, nous leur laissons leur champ (tamazirt n’Ath Messaoud Oumoussa). »
… Après cette sage intervention, Alilouche entraîna les hommes du clan n’Ath Kaci vers Sidi M’hamed Larbi où la fête se déroula dans la sérénité, au grand bonheur de tout le monde.
L’histoire qui va suivre remonte à très loin dans le temps, probablement au début du siècle dernier.
A cette époque donc et depuis déjà un certain temps, Thadert était divisée en deux clans, Ath Haroun et Ath Khaled d’un coté et le reste du village de l’autre…. Ce n’était pas la guerre mais l’atmosphère était ‘’électrique’’ avec de temps à autres de petits incidents que les sages des deux clans réglaient heureusement avec beaucoup de lucidité…… . Et ce fut donc, dans ce climat délétère que la famille Ath Kaci décida de fêter, avec éclat, un événement heureux avec Idhebalen………………
Remarque : d’habitude et en temps normal Idhebaléne se produisaient indifféremment, soit à Gher Ihouna (la placette du village), soit à Taleghlought, ou bien encore à Thamazirth Ath Messaoud Oumoussa (Taguemount) ou alors à Sidi M’hamed Larbi .
Et pour cette fête précisément, Ath Kaci optèrent pour Thamazirth Ath Messaoud Oumoussa, située ‘’géographiquement’’ dans le clan opposé…. A suivre.
IDHEBALEN -1-
C’était entre 1951 et 1954, à Gher ihouna ( placette publique du village) . Qui avait fait venir Idhebalen , cette troupe traditionnelle ? Ce dont je me souviens parfaitement, c’était la participation quasi générale de tous les hommes du village (ce qui ne fut pas toujours le cas, à cause de fréquentes divisions du village en çofs (clans)…., on y reviendra .) Donc, Idhebalen, avec leurs instruments traditionnels, Tbal et Zorna maniés avec une adresse spectaculaire faisaient « vibrer » pendant plusieurs jours tout le village (sauf les femmes évidemment) ….. Occasion pour chacun de montrer ses talents de danseur et aussi pour exhiber son fusil…. La fête battait son plein, on dansait en jouant avec les fusils….. quand, survint un accident, heureusement pas dramatique mais assez grave tout de même, puisqu’un jeune danseur, Akli Ath Moussa, en voulant faire parler la poudre, vit son vieux pistolet (une arme très ancienne se chargeant par la bouche) lui exploser dans la main lui arrachant un doigt (retombé dans la cour de Tassirt Ath Younès au milieu des poules….)
1- La consommation de rognons : interdiction, pour les enfants de consommer des rognons, avant d’avoir subi, avec succès, une petite épreuve qui a lieu uniquement durant les fêtes de l’Aïd el kebir.
Tabou ou superstition ?, toujours est-il qu’il s’agit, pour l’enfant, à partir de l’âge de deux à trois ans de « voler » (et puis de manger) un morceau de rognon, du mouton de l’Aïd, posé sur le pied de son père (ou de celui d’un parent). Il doit s’avancer lentement, comme un chat prêt à bondir sur sa proie, de s’emparer du rognon et de répondre aux questions :
« - Qu’as-tu mangé ? - Un rognon.
- Où va-t-il repousser ?
- Sur le tronc d’un frêne »
Après quoi, il doit s’enfuir vite, poursuivi par les cris de l’assistance : assev …..assev…….assev. Cette opération doit être renouvelée sept fois (sept ans)…….
2- Le partage du poulet : aux jeunes filles on donne les ailes pour leur permettre de « voler » et de trouver vite un mari. 3- La nouvelle mariée de doit pas manger de bouzelouf (tête de mouton…) avant d’avoir « bouclé » une année de mariage.
4- …………
Récapitulation :
1- interdiction d’accompagner la mariée, le jour de ses noces, chez sa belle famille.
2- Interdiction de faire venir au village Idhebalen (troupe traditionnelle), sauf pour les familles Ath Kaci et Ath si Larbi.
3- Le tissage : pas de couleurs et pas de tapis. Cependant on pouvait teinter les vêtements après leur tissage. Complément d’information :
4- interdiction (d’après Assidu du blog) de donner le prénom de « Ferhat » aux garçons.
5- Interdiction (d’après Farid) d’inviter Iqefafen (les personnes qui viennent chercher la mariée le jour de ses noces) ou les Ima-zanes (les participants aux obsèques ….. ou tout simplement ceux qui viennent présenter leurs condoléances .…). La restauration de toutes ces personnes étant à la charge des familles directement concernées par ces événements. A l’origine de ce « tabou », un accident mortel survenu dans une famille qui aurait invité quelqu’un venu assister aux obsèques d’une personne d’une autre famille. Coïncidence ? Nouvelle hypothèse sur l’origine des tabous ?
6- Le noyer : interdiction de planter des noyers. Tout contrevenant risquerait la mort le jour où le tronc de l’arbre planté aura atteint la grosseur de son cou. Les seuls noyers du village étaient plantés, l’un chez les Ath si Larbi et les autres dans le jardin de l’ancienne école.
7- ……………..
Ahechedh ( oléastre) n'tala n'Guighil
Compléments :
4- Ahechadh (oléastre, olivier sauvage) et Azrou (rocher) n’Tala Guighil . On raconte que, durant les années 1930, des gouttelettes d’eau auraient perlé à travers le tronc de cet arbre géant. Croyant, sans doute, à « un phénomène surnaturel » certaines femmes, pendant quelques jours, s’humectaient le visage avec « cette eau magique » tout en respectant le rituel habituel : sacrifices (des coqs), des offrandes, etc…
5- Ahechadh (oléastre) N’Taiissats, du coté du quartier N’Ath Srour (à confirmer)
6- Imaridhen, une source avec deux petites cavités pour retenir l’eau …
On prêtait à cette source des pouvoirs surnaturels pour redonner espoir aux jeunes femmes stériles. Pour y accéder il fallait descendre à partir de Tamourth N’ Thala, jusqu’à la rivière et remonter de quelques dizaines de mètres, vers les villages des Ouacifs. Avec toujours le même rituel …
Au village, les enfants chantaient, il n’y a pas si longtemps, le refrain suivant : « A monsieur le caropot (l’instituteur), ef kasse tsri he (autorisation) i Chavane, a dhi rouh si maridhen… ».
Photo du village des années 1970
1) Les interdits collectifs (qui concernent tout le village) :
Nos vieilles disaient : Ouchena ! pour signifier l'interdiction de faire quelque chose ..... .
1.1) Interdiction pour les membres de la famille d’accompagner leur fille, le jour de ses noces, chez sa belle famille.
1.2) Interdiction de louer les services d’Idhebalène (troupe traditionnelle) pour animer les fêtes, exception faite pour les familles n’Ath Kaci et n’Ath Sidi Larbi.
1.3) Le tissage (métier à tisser traditionnel) de couvertures (thalaouines), burnous,…etc. : seule la couleur blanche était autorisée…… Interdiction de tisser des tapis ...... Remarque : ces interdits, à caractères religieux, qui frappaient certains actes, seraient donc l'oeuvre de Marabouts. Un moyen, parmi d'autres, pour faire du prosélytisme ? ils existaient et existent encore dans tous les villages de la région, avec des variantes, ce qui nous permet de supposer que, quelque part, ces tabous étaient planifiés et faisaient partie d'une "politique"..... (simple hypothèse).
A At Ali Uharzun, comme dans les villages de la région, quelques survivances des croyances très anciennes , comme par exemple celles liées à certains lieux ou arbres séculaires à qui on attribuait des pouvoirs surnaturels , ont longtemps existé ( ont-elles vraiment disparu ?). Voici une première liste (qu’il faudra compléter): Tala guighil, Azrou n’Techradh, Tassaft n’Ath Kaki …….
En plus de ces croyances et des histoires terrifiantes liées à la profanation de ces lieux (superstition ?), des interdits collectifs (qui concernent tous les habitants du village) et individuels (propres à chaque famille) existent encore et sont surtout respectés par les anciens.
On dit que ces « tabous » seraient l’œuvre de Sidi Abdelaziz (un marabout vénéré) qui a voulu punir les gens du village pour leur manque de dévotion. On dit aussi que, pour ‘’lever ces interdits’’, chaque famille se devait d’envoyer un des siens à la Mecque.……